Pauvre Monsieur Bourdon : le voilà, le dernier
descendant de la famille des Bourdon, entré dans la chambre des enfants, dont
il ne savait absolument rien. Etaient-ce des petits diablotins qui s'amusaient
à torturer les pauvres insectes ou étaient-ce des petits chérubins au coeur
tendre ? Il n'en savait rien ! Et ce n'est certainement pas en son état
d'ivresse avancée que Monsieur Bourdon avait une idée claire de quoi que ce
soit. Ses pères et grands-pères avaient toujours pris la précaution d'observer
longuement les enfants qu'ils jugeaient assez gentils pour les emmener sur ce
périlleux voyage vers la lune. Ils étudiaient leur comportement envers les
bêtes et envers les humains et les surveillaient minutieusement pour évaluer
leur caractère et leurs qualités de coeur. Malheureusement, leurs missions
d'observation s'étaient souvent soldées par une patte ou une aile arrachée ou
pire encore, une antenne arrachée, sort funeste que connut son dernier oncle.
Sans ses antennes, il ne pouvait plus s'orienter et heurta de plein fouet une
épine. C'est ainsi qu'était mort le dernier membre de la famille de Monsieur
Bourdon. Monsieur Bourdon, quant à lui, n'avait fait aucune étude préalable sur
ces enfants qui dormaient dans cette chambre.
Il était encore un peu sonné par les autres
fenêtres que son vol peu maîtrisé avait cognées, avant de tomber sur celle de
la chambre à coucher des enfants. Prenant son élan pour la quatrième fois,
Monsieur Bourdon fut pris par surprise lorsque son esprit embrumé par les
vapeurs du Pâquerettini se rendit compte qu'au lieu de se cogner une nouvelle
fois contre la fenêtre, il était passé par la fenêtre. Ne
rencontrant alors pas d'obstacle, la force de son élan le propulsa en plein
milieu de la pièce, tout médusé et désorienté. Lorsque lentement ses esprits
revenaient à lui, il regardait autour de lui et dut constater avec effroi où il
avait atterri: juste à sa droite dormaient dans un grand lit les enfants de la
maison. Le choc et la surprise le dessaoulèrent un peu, ce qui lui permit de
prendre la première bonne décision depuis le début de son escapade: déguerpir
au plus vite! Il s'apprêta à reprendre son envol au moment où il remarqua qu'il
avait perdu son violon lors de la chute. Son archet était toujours coincé sous
son aile droite, mais du violon : aucune trace.
– “Pas question de partir sans mon violon !”,
pensa-t-il avec fermeté. Il plissa les yeux pour mieux repérer l'instrument
dans l'obscurité de la chambre quand tout à coup un rayon de pleine lune passa
à travers la fenêtre et fit étinceler un objet non loin à la droite de Monsieur
Bourdon.
– “Mon violon! Je reconnais sa belle couleur
argentée!” Il fit un grand bond vers la droite en direction de l'objet étincelant
et Bing! Bang! Bongboum! Un boucan épouvantable résonna dans toute la chambre.
Il avait trébuché sur tout une mise en scène de figurines qui représentaient
les animaux de la ferme. Et comme des dominos, elles tombaient toutes les unes
après les autres en s'entrechoquant et en amplifiant le fracas.
Glacé par la peur, Monsieur Bourdon jeta un regard
inquiet vers le lit des enfants et dut constater avec angoisse que les enfants
n'y étaient plus ! Son coeur se mit à battre la chamade, quand tout à coup une
grande ombre plongeait la chambre obscure dans la noirceur la plus totale,
comme si d'épais nuages avaient caché la lumière de la pleine lune. Grelottant
de terreur, il leva les yeux et son sang n'en fit qu'un tour: ce n'étaient pas
les nuages qui jetaient l'ombre, mais deux têtes d'enfants qui se penchaient
vers lui !
Immédiatement, Monsieur Bourdon se laissa tomber à
la renverse pour faire le mort. C'était une astuce qui avait fait ses preuves
chez les hannetons en cas de danger. Ils faisaient semblant d'être déjà mort
pour que les humains n'aient plus envie de les écraser ou de leur arracher une
patte, ou les antennes, ou les ailes. A travers ses yeux entr'ouverts Monsieur
Bourdon aperçut avec horreur que la main du garçon s'approchait de lui quant
tout à coup, une lumière éblouissante fendit la noirceur de l'obscurité. La
porte de la chambre s'était brusquement ouverte et une maman inquiète d'avoir
entendu du bruit entrait d'un pas amorti dans la chambre.
– “Qu'est-ce qui se passe ici, mes chéris ?” La
maman avait une voie douce et pleine d'affection.
– “Oh, rien de grave maman. Un petit hanneton a
renversé nos figurines d'animaux de la ferme.”, répondirent les enfants en
choeur.
– “Et bien, laissez le pauvre hanneton tranquille
et hop au lit. Vous vous en occuperez demain de vos jouets”, la maman prit les
enfants par la main et les aida à regrimper dans leur lit en veillant bien à ce
qu'ils soient couverts pour ne pas avoir froid. Elle leur fit un baiser tendre
sur le front et s'approcha de la porte pour quitter la chambre.
– “Maman ?”, demanda la petite fille.
– “Oui, Annelise ?”
– “Tu peux nous chanter une chanson ?”
– “Bien sûr mes petits. Si vous me promettez de
bien dormir après.”, dit la maman tendrement.
– “PROMIS!”, s'exclamèrent les enfants.
La maman s'assit au bord de leur lit et se mit à
chanter d'une voix si jolie qu'on aurait dit que la lune s'était un peu
rapprochée de la fenêtre pour prêter l'oreille.
Monsieur Bourdon, toujours sur le dos en plein
milieu des figurines, n'en croyait pas ses oreilles. La chanson que la maman
chantait à ses enfants n'était rien d'autre que sa propre ballade. La ballade
qui parle de la tragédie de son aïeul, le grand-père Bourdon et que tous les
Bourdons chantaient depuis des générations. Je dois vous dire que Monsieur
Bourdon n'était pas peu fier que l'histoire de sa famille était connue même des
humains. Rassuré, il se laissait bercer par la voix de la maman qui était aux
oreilles ce que le miel est à la langue. Quand elle eut terminé, elle quitta la
chambre d'un pas discret pour ne pas réveiller les enfants. Monsieur Bourdon
poussa un grand soupir. Il l’avait échappé belle ! « Quels
monstres. », pensa-t-il en lorgnant vers le lit des enfants, « Ils
voulaient certainement m’arracher une antenne… ».
Essayez de ne pas trop lui en tenir rigueur s’il
n’envisageait même pas une autre possibilité. Vous savez, jusque-là, ses
expériences au contact d’enfants n’étaient pas des plus heureuses. Ils le
chassaient à coup de pichenette, à coup de balai ou de pieds. Certains
cherchaient même à lui arracher d’autres jambes ou les ailes ou à l’écraser.
Bien sûr, je sais bien que vous n’êtes pas de cette trempe qui maltraite les autres
êtres vivants, mais il n’empêche que Mr Bourdon avait perdu confiance,
confiance en les enfants et même confiance en la douceur de la vie qui parfois
frappe à notre porte que Mr Bourdon ne prenait même plus la peine d’ouvrir par
peur d’être déçu.
Tout en ressassant la peine que d’autres enfants
lui avaient infligée par le passé, il essaya de se relever. Il faut savoir
qu’il est très dangereux pour un hanneton de se retrouver couché sur le dos,
car il ne peut plus se remettre sur pattes tout seul. Heureusement qu'il était
tombé en plein milieu des figurines dont il pouvait se servir pour se hisser
sur pattes. Il lissa quelque peu le duvet de ses ailes et reboutonna sa
redingote. La lune éclairait bien la chambre maintenant et il lui suffit un
regard à la ronde pour retrouver l'endroit où avait atterri son violon.
Bizarrement, il n'était pas du tout là où Monsieur Bourdon avait vu l'objet
étincelant avant sa mésaventure avec les figurines. Il s'agissait en fait d'une
belle étoile en papier aluminium que les enfants ont dû confectionner pour
décorer le sapin de Noël. Son violon, lui, se trouvait juste en bas de la
fenêtre. Il décida de marcher jusqu'à la fenêtre, plutôt que de voler, car il
n'avait toujours pas entièrement cuvé son alcool de pâquerette. En titubant
légèrement entre les figurines de vaches, de cochons, de chèvres et de poules,
il réussit tant bien que mal à arriver jusqu'à son violon.
– “Heureusement que ma femme ne me voit pas dans
cet état. Comme elle m'aurait sermonné.”, pensa-t-il plus attristé que soulagé. A
mesure que l'effet égayant de l’alcool s'estompait et que le chagrin menaçait
de repoindre son nez, Monsieur Bourdon chercha un moyen pour se distraire. Il
reprit son violon, sortit son archet de sous ses ailes et tenta de se remonter
le moral avec une petite chanson dansante typique des hannetons:
“Un, deux, trois – un, deux, trois
une abeille tomba du toit.
Pliff, plaff, plouff – pliff,
plaff, plouff;
elle ne sait même pas pourquoi !
Les hannetons pouffent,
Ils lèvent leur verre
Et chantent en chœur cet air.
quatre, cinq, six – quatre, cinq, six
un moustique pique une saucisse
pik, pak, pok – pik, pak, pok
Point de sang qui en jaillisse !
Les hannetons s'moquent
Ils lèvent leur verre
Et chantent en chœur cet air.
Et on reprend... Un, deux, trois – un, deux, trois
...”
Pris par l'allégresse de sa chanson, Monsieur
Bourdon se mit à danser et son humeur gaillarde lui fit totalement oublier
qu'il était toujours dans la chambre des enfants. Sa terreur n'en fut que plus
grande quand soudain, il entendit les éclats de rire enjoués de Petit-Pierre et
d'Annelise qui l'observaient depuis un moment déjà. Je dois avouer que les
mouvements farfelu que l'alcool prêtait à sa danse auraient fait rire
n'importe qui. Monsieur Bourdon, quant à lui, n'avait pas envie de rire du
tout. Il ne s'était pas rendu compte que sa chanson avait réveillé les enfants
et encore moins qu'ils le regardaient danser.
Normalement, il aurait fait le mort, mais à la vue
des visages réjouis qui le fixaient avec des yeux qui en demandaient plus sans
briller de cette lueur de malice cruelle qui généralement annonce une
chiquenaude ou un coup de chaussure, il prit son courage à deux mains et
s'inclina devant les enfants pour les saluer tout en prenant garde de ne pas se
baisser au point de les perdre de vue:
– “Monsieur Bourdon est mon nom.”
Les enfants connaissaient les bonnes manières, et
se présentèrent également en s'inclinant. Ils avaient du mal à retenir leur
insoutenable curiosité, tellement ils avaient la tête pleine de questions.
– “Je peux te caresser?”, demanda Annelise un peu
gênée, mais elle avait terriblement envie de toucher cet hanneton qui chante et
qui joue du violon.
– “Bien sûr”, répondit Monsieur Bourdon, alors
qu'il n'était pas sûr du tout. Il s’étonna d’ailleurs de lui-même d’avoir si
promptement répondu favorablement. Il s'empressa donc d'ajouter: “Si tu ne
m'arraches pas une patte...”
– “Jamais je ferais ça !” dit Annelise effrayée et
un peu indignée que le petit hanneton puisse penser qu'elle serait capable
d'une chose si terrible. Du coup, elle n'osa plus le toucher. Monsieur Bourdon,
sentant la sincérité de la petite fille, fut soulagé et l'encouragea :
– “Vas-y, vas-y, n'aie pas peur. Tiens, regarde
comme le duvet de ma carapace est doux.”
Annelise tendit le petit doigt et caressa la
carapace qui recouvrait les ailes des hannetons.
– “Hihi, ça chatouille!”, dit-elle en retirant sa
main.
– “Il est magnifique ton violon, Monsieur
Bourdon.”, s'émerveilla Petit-Pierre.
Fier comme un pou, Monsieur Bourdon leur racontait
l'histoire du grillon Stridule et comment il lui avait sauvé la vie. Puis il
leur raconta l'histoire de sa femme, comment elle était morte, mangée par une
poule, comment il s'est installé sur le grand saule etc. Et pendant qu'il racontait
sa vie, Petit-Pierre ne manqua pas de remarquer que le hanneton n'avait plus
que cinq pattes. Il savait bel et bien combien de pattes avaient les hannetons
normalement. Il attendit alors patiemment que Monsieur Bourdon finît son
histoire et demanda:
– “Mais vous n'avez plus que cinq pattes, Monsieur
Bourdon. Comment cela se fait-il, ça vous fait mal ?”
Monsieur Bourdon le regarda, ahuri. Il ne pouvait
pas le croire. Etait-ce vraiment maintenant ? Etait-ce vraiment maintenant le
moment tant attendu ? Le moment qu'attendaient des générations entières de
Bourdon qui ont tous fini estropiés ou écrasés. Voilà que deux enfants qui
semblaient avoir bon coeur, deux enfants qui ne torturaient peut-être pas les
petites bêtes, lui demandèrent pourquoi il n'avait plus que cinq pattes. Le
corps tout entier de Monsieur Bourdon se mit à trembloter d'un curieux mélange
de joie et de désespoir. La tête lui tournait et il faillit tomber à la
renverse, mais il se ressaisit, prit une grande inspiration, sortit sa feuille
de tilleul qui lui servait de mouchoir et s'épongea le front en sueur en
lançant des regards interrogateurs à ces deux enfants qui avaient l'air si
sage. Mais sa méfiance acquise à travers de nombreuses épreuves douloureuses
avec les enfants commanda à sa raison de garder sa réserve. Il s'éclaircit la
gorge et d'une mine mystérieuse légèrement empruntée il répondit:
– “Non, cela ne me fait pas mal. C'est arrivé par
une triste et incroyable histoire !”
Bien évidemment, les enfants voulaient tout savoir.
Ils apportèrent chacun une chaise et un petit tabouret pour le hanneton, le
plaçaient délicatement sur le dessus et s'assirent à ses côtés le plus proche
possible, leurs têtes penchées au plus près de leur nouvel ami. Dans la chambre
régnait tout à coup un silence de tombeau et Monsieur Bourdon se mit à
raconter.
Quand il eut terminé, Petit-Pierre et Annelise le
regardaient les yeux chargés d'une grosse larme et pleins de questions. Ils
étaient très touchés par cette histoire, et Annelise s’essuyait discrètement
les larmes qui lui venaient encore et encore. Petit-Pierre aussi était
bouleversé. Il réfléchit un moment, puis sauta brusquement de sa chaise, se
planta droit devant Monsieur Bourdon, prit son courage à deux mains et proposa
à leur nouvel ami d'aller sur la lune pour récupérer sa sixième patte! Bien
sûr, la lune, il avait entendu, était très loin, là-haut quelque part dans les
airs, et si on ne savait pas voler, il était certainement impossible d'y aller.
Annelise en savait au moins autant sur la lune que son grand frère, elle savait à quel point elle est haute, même plus haute que les
plus hautes montagnes derrière la forêt. Elle admirait le courage de son frère,
mais s'inquiétait d'aller si haut alors qu'ils ne savaient pas voler.
Mais Monsieur Bourdon savait voler! Et il savait
aussi que cela n'allait poser aucun problème aux enfants de voler, si seulement
ils avaient vraiment la volonté ferme de l'aider. C'est ainsi que le dit la
tradition transmise par son père et ses grands-pères: une fois que l'on a
trouvé les deux enfants au bon coeur et qu'ils ont pris la décision ferme
d'aider, alors les Bourdon pourront leur apprendre à voler.
Le hanneton eut à peine fini de leur faire part de
cette tradition qu'Annelise et Petit-Pierre se tapaient frénétiquement dans les
mains de joie. Alors cela, ils n'allaient le manquer pour rien au monde.
Apprendre à voler! Quelle merveille! Annelise était si excitée qu'elle ne
tenait plus assise sur sa chaise et se mit à piétiner sur place. Petit-Pierre
lui aussi riait sans raison et commençait à danser.
– “Allons, allons mes chers enfants, pas trop
d'effervescence, voler est un art délicat. Je vais vous le montrer.”
Monsieur Bourdon attrapa son violon, le cala contre
son petit cou, et se mit en position pour montrer aux enfants comment voler. Il
joua et chanta:
“Jambe droite – jambe gauche
Jambe gauche – jambe droite
A mon appel
Vole, vole, vole
Déploie les ailes.”
Et voilà que le petit hanneton vola à travers toute
la chambre et les enfants applaudissaient joyeusement. C'était à leur tour
maintenant. Quel moment historique ! Ils se mirent en position, côte à côte,
main dans la main, le coeur battant. Monsieur Bourdon se planta devant eux sur
son tabouret, reprit son violon et entonna la chanson. Et pendant qu'il
chantait, les enfants imitaient les pas étranges que Monsieur Bourdon faisait
au rythme de sa musique. Et le moment même où il finit de chanter le dernier
verset "A mon appel, vole, vole, vole – déploie les ailes”, Petit-Pierre
et Annelise décollèrent du plancher et s'élevaient dans les airs. Oui ! Ils
volaient ! Ils volaient dans leur chambre !
Tout d'abord, ils étaient tellement stupéfaits,
qu'ils ouvraient grand les yeux et la bouche. Puis leur surprise cédait à un
enthousiasme exalté. Annelise ne voulait pas le croire. Elle gloussait et
pédalait avec ses jambes suspendues en l'air. Bouillonnant de joie, elle se mit
à applaudir … et … plouf. Voilà que frère et soeur retombèrent sur le sol, à
plat ventre et lancèrent un regard étonné en direction de Monsieur Bourdon.
– “Ça vient des applaudissements!”, rétorqua-t-il
promptement. Bien évidemment, si on voulait voler, il ne fallait pas se taper
dans les mains. D'ailleurs, les hannetons non plus ne se tapaient pas dans les
mains en plein vol. Malgré quelques petites douleurs aux genoux, les deux
enfants se relevèrent vaillamment. Annelise regardait par terre, penaude,
puisque c'était elle qui avait commencé à applaudir.
– “Rebelote !”, ordonna le hanneton et entonna déjà
la chanson de vol. Les enfants reprirent rapidement leurs positions, imitèrent
les mouvements bizarres et dès que retentissait le verset “A mon appel, vole,
vole, vole, déploie les ailes”, ils s'élevèrent dans les airs jusqu'en-dessous
du plafond. Sauf que cette fois-ci ils se gardaient bien d'applaudir, quand
bien même voler les enivrait d'allégresse. Ils maintenaient leurs bras
déployés, en équilibre sans gigoter des pieds et tant que Monsieur Bourdon
jouait de son violon, ils restaient en l'air. Lorsque s'évanouissait la
dernière note de la chanson, ils glissaient doucement vers le bas comme deux
plumes jusqu'à retrouver la terre ferme.
C'était merveilleux! L'aventure pouvait commencer.
La lune, pleine et ronde dans le ciel n'attendait
plus qu'eux.
– “Nous avons un très long trajet devant nous les
enfants, même si la lune semble suspendue juste au-dessus de nos têtes.
Emportez quelques provisions pour le voyage.” Petit-Pierre prit quelques pommes
qui restaient sur la table, et Annelise sortit du chocolat d'un tiroir.
– “Du chocolat ?”, s'interrogea Monsieur Bourdon.
Il s'était toujours demandé comment les humains pouvaient manger quelque chose
d'aussi dégoûtant que le chocolat. “Beurk”, pensa-t-il, “Rien ne vaut une bonne
feuille de chêne.” Mais il donna bien volontiers son accord. Annelise voulait
également emmener sa poupée et Petit-Pierre avait du mal à se séparer de son
pantin qui le suivait partout. Monsieur Bourdon n'était pas particulièrement
enchanté à l'idée de trimbaler des jouets, mais finalement il se disait qu'on
ne savait jamais à quoi les choses pouvaient servir. Petit-Pierre s'attachait
également son épée en bois.
– “Oui, oui”, approuva le hanneton, et ajouta avec
une pointe d'inquiétude: “Qui sait qui nous allons devoir rencontrer là-haut ?”
Puis il lança un regard à la ronde et constata qu'ils étaient fin prêts.
– “Allez, les enfants. Que l'aventure commence !”
Ils se mirent en rang d'oignon, Monsieur Bourdon prit son violon, entonna la
chanson, les enfants faisaient les pas qu'ils avaient appris et tout le monde
décolla en direction de la fenêtre qui, comme par magie, s'ouvrait en grand
pour les laisser passer. La pelouse sous sa couverture de neige se déployait
devant eux et plus ils prenaient de l'altitude, plus la pelouse ressemblait à
un ciel parsemé de miliers d'étoiles. C'étaient les vers luisants qui étaient
remontés à la surface de la neige pour leur dire au revoir. Et quelques
battements d'ailes plus tard Petit-Pierre et Annelise arrivaient à hauteur des
cheminées, puis ils dépassaient les cimes des arbres. Ils posèrent alors leur
regard sur Monsieur Bourdon qui volait à quelques longueurs devant eux en
direction de la lune qui les enveloppait de sa lueur argentée et mystérieuse.
à suivre ...

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire